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  • 1714-1782 – Biographie Aymar-Joseph de Roquefeuil et du Bousquet, comte de Roquefeuil, vice-amiral du Levant

           Aymar joseph Comte de Roquefeuil – Vice Amiral commandant la Flotte du Levant 1714-1782

     

    Aymar-Joseph de Roquefeuil et du Bousquet, comte de Roquefeuil, né le 19 mars 1714 à Brest et mort le 1er juillet 1782, à Bourbonne-les-Bains, est un officier de marine français du XVIIIe siècle. Il sert dans la marine royale pendant les règnes de Louis XV et Louis XVI et termine sa carrière militaire avec le grade de vice-amiral du Levant.

    Origines et famille

    Le comte de Roquefeuil est issu de la famille de Roquefeuil Blanquefort.

    En 1712 à Saint-Pol de Léon, son père Jacques-Aymar, alors capitaine de vaisseau de 47 ans, épouse Jeanne-Louise du Main, dame d’Angeret. Il est nommé peu de temps après gouverneur de Rodez. Aymar-Joseph grandit donc sur les terres de sa familles près du château du Bousquet jusqu’en 1718, date à laquelle son père s’installe définitivement en Bretagne au manoir de Kerlouet [1].

    Son frère cadet, René-Aymar sert également dans la marine royale et termine sa carrière avec le rang de chef d’escadre des armées navales.

    Carrière dans la marine royale

    Avant d’entrer dans la marine, Aymar Joseph de Roquefeuil sert peu de temps dans l’armée de terre, où il débute très jeune avec un brevet de capitaine de dragons. Entré dans la Royale, Aymar Joseph devient garde-marine à Brest à 13 ans (1727).

    Enseigne en octobre 1731, il embarque dès 1733 dans l’escadre du comte de La Luzerne qui croise en Baltique pour soutenir la candidature de Stanislas Leszczynski, beau-père de Louis XV durant la Guerre de Succession de Pologne.

    En 1740, il rejoint l’escadre du vice-amiral d’Antin en qualité de capitaine de dragons. Avec son père qui commande une division sur le Superbe il combat les Anglais et Espagnols à Saint-Domingue. A son retour en 1741, il est nommé lieutenant de vaisseau [1].

    Il est fait capitaine de vaisseau et chevalier de l’ordre de Saint-Louis le 1er janvier 1746, à moins de 32 ans, pour ses services remarqués pendant 19 ans. Commandant du Caribou, il sert dans l’escadre du duc d’Anville chargée de reprendre Louisbourg.

    Il commandera L’Aquilon pendant quinze mois aux Antilles en 1750 et 1751. Ayant sous ses ordres La Friponne, la frégate du comte du Chaffault. Le but de sa mission était de visiter, en compagnie d’une frégate anglaise de 36 canons, différentes îles pour y proclamer leur neutralité. À son retour en France, il est félicité à plusieurs reprises par le ministre Rouillé pour la prudence qu’il avait montrée dans cette délicate mission [2].

    Cela lui permit de participer activement avec le vicomte de Morogues, commandant la place de Brest, à la fondation dans ce port, dès 1752, d’une académie de Marine dont il fut un des premiers membres (avec René-Aymar, son frère cadet), mais qui fut décimée par les pertes de la guerre entre 1756 et 1763 [2].

    Entre 1754 et 1758, Roquefeuil remplit les fonctions de second chef d’escadre, dans les Antilles, sous le commandement de La Galissonnière, de Perier puis de Bompart. En 1754, 1756 et 1758, il commande successivement les vaisseaux L’Actif, Le Prothée et L’Hector [2]. Durant l’hiver 1758, il s’oppose aux incursions anglaises. Malgré des préparatifs hâtifs, l’escadre ne parvient pas à temps pour secourir Grande-Terre qui finit par tomber aux mains des anglais et du commodore Moore [1].

    Promu au grade de chef d’escadre des armées navales, le 1er janvier 1761, à moins de 47 ans, il reçoit le commandement de la Marine et du port de Brest auquel le Roi uni, le 25 mars 1762, celui de la ville et du château de Brest et de l’île d’Ouessant qu’avait déjà eu son père[2].

    Pour l’anecdote, en 1764, il indique à l’intendant de la Marine Hocquart

    « il sera placé sur le rempart de Brest du côté du Valon (sic) qui avoisine le bagne un canon de 24 dont il sera tiré deux coups au moment de l’évasion d’un jusque à quatre forçats et trois coups pour un plus grand nombre d’évadés. »

    Il baptise ce canon « Tonnerre » en souvenir du terrible orage qui s’abattit sur Brest le 15 avril 1718 et qui avait tant frappé les brestois: c’est le fameux « Tonnerre de Brest« , popularisé par le capitaine Haddock dans les aventures de Tintin (Hergé).

    Il est aussi à l’origine d’un projet de « comédie » (théâtre) pour la distraction des officiers de Marine. Il sera construit en 1766 par Choquet de Lindu [3].

    Dans un mémoire de présentation, le ministre écrit au Roi qui approuve de sa main [4]:

    « Il sert depuis près de 40 ans dans la Marine, il a fait 16 campagnes, a eu 4 commandements à la mer et a depuis 5 ans le commandement du Port de Brest à la satisfaction de S.M. »

    Il est alors nommé lieutenant général des armées navales, le 3 août 1766, à 52 ans, conservant ses commandements à Brest, ce qui lui permettra d’y promouvoir avec le ministre Choiseul, dont il est proche, la nouvelle « académie royale de marine », sous le patronage immédiat du Roi, en avril 1769. Il en est le premier directeur [2].

    En 1777, il est nommé inspecteur de l’infanterie et du corps royal de la marine. Il conserve cette charge, qui lui est conférée en compensation du retrait du double commandement des forces de terre et de mer qu’il avait à Brest, jusqu’à sa nomination à la vice-amirauté.

    Chapelle saint-Anne

    Promu vice-amiral de la Flotte du Levant le 6 avril 1781, grand’croix de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, il décède le 1er juillet 1782, à Bourbonne-les-Bains, à l’âge de 68 ans. Aymar-Joseph est enterré dans la chapelle sainte-Anne située sur sa propriété de Kerlouët.

    Postérité

    Modernisateur opiniâtre, organisateur hors pair, marin très expérimenté, il marque de son empreinte le port et la ville de Brest, pendant les vingt années de son commandement de la Marine à Brest (1761-1781) avant qu’il ne reçoive pendant deux années la responsabilité (vice-amirauté) de la Marine du Levant. Sous son commandement, les budgets sont obtenus du Roi et de ses ministres et de nombreux navires puissants et bien équipés sont conçus, lancés et amarinés. Les vingt vaisseaux de 74 canons, dont il a supervisé la construction, constitueront la remarquable « Flotte de Louis XVI », probablement la plus cohérente que la France ait jamais possédée.

    Méconnu du public, il est pourtant considéré par les historiens de la Marine comme l’un des principaux organisateurs, et réalisateurs, de la politique navale de Louis XV et de Louis XVI, qui permit à la France et aux insurgés américains de vaincre la Grande-Bretagne, au cours de la guerre d’indépendance des États-Unis.

    Une rue porte son nom à Brest (quartier de Recouvrance).

    Descendance

    Il épouse le 17 octobre 1741 Marie-Gabrielle de Kerguz. De cette union naissent deux filles et un garçon :

    1. Jeanne-Jacquette de Roquefeuil, elle épouse le 3 février 1765 Jacques-Claude du Cleuz, marquis du Gage, lieutenant-colonel de la capitainerie des garde-côtes de Lannion.
    2. Louise Thérèse Marie Adélaïde (1746-?) épouse le 12 mars 1775 Charles de Brilhac, comte du Crévy.
    3. Innocent-Adrien-Maurice (1752-1796), marquis de Roquefeuil, eu lui aussi une brillante carrière, capitaine au régiment de Noailles-dragons (1777), colonel du Régiment Royal Médoc (1788), maréchal de camps (1791). Il émigre et fut le colonel du Régiment de Roquefeuil dans l’armée des princes. Il mourut des blessures reçues lors d’un combat contre les troupes révolutionnaires françaises près d’Augsbourg en 1796. Son drapeau est conservé au château de Chantilly. Il avait épousé Paule Suzanne de La Lande de Calan.

    En 1789, sa veuve vivait au château familial de Kerlouët. Durant l’été, les nouvelles de la révolution gagent la Bretagne et les habitants de Spézet se révoltent. Pour les apaiser, le recteur propose de dire une messe à leur intention [5]. A la fin de l’office, une foule se présente dans la sacristie et contraint le clerc de mettre par écrit leurs revendications [6].

    Ces derniers refusant de payer la dîme, corvées et autres taxes, se présentent à la comtesse de Roquefeuil et imposent que les titres de propriété de la famille leur soient présentés. La comtesse, pensant pouvoir se débarrasser des exaltés leur remet quelques documents sans valeurs. La supercherie est démasquée et entraine la furie des paysans. S’emparant de la comtesse, ils lui passèrent une corde autour du corps et la plongèrent dans le puits à plusieurs reprises. Ce n’est qu’à moitié asphyxiée que la comtesse consentit à leur donner ses titres de propriété que les paysans s’empressèrent de bruler [5], [6].

    Note sur ses travaux à l’Académie Royale de Marine

    En 1752, Aymar Joseph de Roquefeuil joint ses efforts à ceux du vicomte de Morogues [5], pour convaincre le Secrétaire d’État à la Marine Antoine Louis Rouillé de créer l’Académie de la marine. Morogues en est le premier directeur. Lorsqu’en 1765, cette société, dont les séances avaient été suspendues et les membres décimés par la guerre de Sept Ans, se trouve réduite à ne produire que de rares travaux, Roquefeuil obtient en 1769 de Louis XV et de Choiseul sa reconstitution sous le nom d’Académie royale, et placée le patronage immédiat du roi. Il participa à ses travaux par de nombreux mémoires dont voici les principaux [7] :

    • Mémoires ou dissertations sur les mots ABORDAGE ACCIDENTEL et AFFOURCHER

    • Mémoires sur la façon de border les vaisseaux pour en retarder la pourriture
    • Mémoires sur la cause du tourment des canons, 7 pages in-folio
    • Idée sur la contre-quille (aujourd’hui fausse-quille) des vaisseaux, 5 pages
    • Mémoire ou Lettre écrite de Versailles, le 3 février 1769, à M. Clairain-Deslauriers, ingénieur-constructeur en chef à Rochefort, au sujet de l’élévation de la première batterie d’un vaisseau de 64 canons, 8 pages in-folio.
    • Observation sur la construction actuelle des vaisseaux et sur une nouvelle méthode de conduire leurs fonds, 13 pages in-folio.
    • Observations sur le mémoire de M. Clairain, intitulé : « Réponse à un mémoire qui a pour titre: Observations, etc., » 55 pages, in-folio.
    • Examen de la force de l’homme pour tirer ou pousser horizontalement, et notamment pour le cabestan, 9 pages in-folio
    • Lettre à M. de Lironcourt sur son plan de corvette de dix-huit canons de 6, 5 pages in-folio.
    • Mémoire sur les effets de la décomposition du vent pour la manœuvre des vaisseaux, 7 pages in-folio (inséré dans le premier et unique tome des Mémoires imprimés de l’Académie royale de la marine).
    • Mémoire sur une espèce de nœud fort ingénieux, connu sous le nom de NŒUD GOUBERT, 7 pages in-folio.

    Certaines des opinions de Roquefeuil ont pu être contestées. Toutefois, il donne une impulsion fructueuse aux travaux de l’Académie, en l’engageant dans une voie que plusieurs de ses adversaires parcoururent plus sûrement que lui. On doit donc reconnaître et ses efforts et les résultats qu’ils procurèrent.

    Notes et références

    1. Hubert Granier, Marins de France au combat, t. 3, France-Empire, 1995 (ISBN 978-2-402-24912-6lire en ligne [archive])

    2. Biographie universelle, ancienne et moderne, Michaud frères, 1846 (lire en ligne [archive])
    3. Nolwenn Kerdraon-Duconte, « Théâtre et Pouvoir à Brest au XVIIIe siècle », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest., nos 119-2,‎ 30 juin 2012, p. 143–172 (ISSN 0399-0826DOI 10.4000/abpo.2401lire en ligne [archive], consulté le 5 août 2022)
    4. Michel Vergé-Franceschi, Les Officiers généraux de la Marine royale (1715-1774), FeniXX, 1er janvier 1990 (ISBN 978-2-402-49918-7lire en ligne [archive])
    5. J. (1864-1915) Auteur du texte Baudry, Étude historique & biographique sur la Bretagne à la veille de la Révolution, 1905 (lire en ligne [archive])
    6. Madeleine Desroseaux, « En Terre Bretonne », Revue des Deux Mondes, vol. Les Montagnes Enchantées,‎ juillet 1937 (lire en ligne [archive])
    7. Prosper Levot, p. 769 et suiv.

    Voir aussi

    Sources et bibliographie

    Articles connexes sur Wikipedia

  • 1665-1744 – Biographie de Jacques-Aymar, comte de Roquefeuil, Lieutenant général des Armées Navales

     

    Jacques Aymar, comte de Roquefeuil et du Bousquet, lieutenant général des Armées navales

     

     

    Jacques-Aymar est le fils cadet de Louis, baron de Roquefeuil et du Bousquet [2] . Son père lui lèguera le gouvernement héréditaire de la ville de Rodez dont le Roi l’investira avant 1711.

    Il épouse le 4 août 1712 Jeanne Louise du Main d’Augeret héritière de sa famille et de ses biens en Bretagne dont il a [2],[3],[4]:

    • Aymar-Joseph , vice-amiral de France commandant la Marine du Levant;
    • René-Aymar , chef d’escadre.

    Carrière dans la Marine royale

    Agé de 17 ans et en partance pour Malte, Jaques-Aymar est remarqué par le marquis de Seignelay, ministre de la Marine, lors d’une inspection de jeunes gentilhommes du port de Toulon. Ce dernier, frappé par sa vivacité, lui propose de rejoindre la marine Royale ce que Jacques-Aymar s’empresse d’accepter [5]. Il entre donc aux garde-marine à Toulon en mars 1681 avant d’être promu enseigne de vaisseau (janvier 1687). Lieutenant de vaisseau en janvier 1691, il seconde le chevalier de Saint Pol avec qui il navigue en mer du Nord [6].

    Au début de l’année 1703, il est promu à Dunkerque capitaine de vaisseau et prend le commandement du Ludlow capturé le 28 janvier aux Britanniques.

    Combat des Orcades

    Le 5 juin, le chevalier de Saint Pol, lève l’ancre avec son escadre composée du Milford, de l’Adroit et du Ludlow toujours sous le commandement de Jacques-Aymar. Les instructions du Roi Louis XIV indiquent :[7],[8]

    « Mon intention est que vous vous appliquiez particulièrement à détruire le commerce de mes ennemis, le mal que vous pourrez leur faire étant le plus sensible qu’on le puisse et le plus capable de les porter à désirer la paix… »

    Le 22 juin, au nord de l’Ecosse, près des Orcades, l’escadre engage une flotte de pêche escortée par quatre vaisseaux Hollandais de cinquante canons. Le combat est d’une rare violence mais la flotte française prend le dessus: Saint Pol capture le Soleil Doré de 44 canons et ses 200 hommes, Jacques-Aymar de Roquefeuil prend à l’abordage le Wolfswinckel de 24 canons et 100 hommes. Deux autres navires sont coulés: l’Adroit et le vaisseau hollandais château d’Anvers et un dernier prit la fuite. 118 marins français périrent dont le capitaine de Sève [7].

    Le 30 juin, lancé à la poursuite de la flotte dispersée, Jacques-Aymar entre dans le port fortifié de Lauwick et parvient à détruire les navires ennemis venus se protéger. Le 21 juillet, il s’empare de nouveaux d’un bateau hollandais aperçu près des côtes d’Alberdeen et brûle 160 bateaux de pêche dans le port de Bressay fortement protégé [9].

    Combat du Dogger Bank

    Le 6 septembre 1705, Saint Pol reçoit l’ordre d’escorter une flotte française en provenance de Saint-Domingue. Son escadre, composée de Jacques-Aymar sur le Protée, du capitaine Descoyeux à bord du Triton, du capitaine Hennequin avec le Jersey et du capitaine François Bart avec le commandement de l’Héroïne, prend la mer le 30 octobre. Le lendemain la flotte intercepte un convoi sous la protection de trois vaisseaux. Un combat acharné s’engage. Saint Pol montant à l’abordage du Pendennis, il reçoit une balle de mousquet mortelle permettant au navire anglais de se dégager pour attaquer le Protée de Jacques-Aymar alors engagé dans la capture du Blakwall. Secouru par le Triton, Jacques Aymar réussi à retourner l’engagement en sa faveur et se rendit maître du Pendennis capturant simultanément et en trois heures deux navires anglais qui l’attaquaient sur ses deux bords. Un contemporain raconte[7]:

    « Il n’y a pas eu sous le règne du Roi une action pareille à celle du Protée, car il est de fait qu’après avoir enlevé de bâbord un vaisseau percé pour 58 canons, il en a enlevé un autre qui est venu l’aborder de tribord, malgré tout le désordre et la confusion où se trouve un vaisseau qui vient d’en enlever un autre plus fort que lui… »

    Le Mercure de France relate que « Monsieur de Roquefeuil ayant pris, après la mort de Saint Pol, le commandement des vaisseaux que ce chevalier commandait… acheva le combat victorieusement… sa Majesté lui a donné une pension de mille livres et la croix de l’Ordre de Saint Louis » dès le 10 novembre suivant. Roquefeuil avait ramené à Dunkerque les quatre vaisseaux, la frégate et les cinq corsaires de sa division, ainsi que trois vaisseaux anglais capturés et quatorze navires marchands ennemis[9]. Duguay-Trouin raconte dans ses mémoires qu’ayant essuyé un affront du commandant d’un des navires corsaires de sa division « [il se] joigni[t] au vaisseau du Roi Le Protée qui était prêt à mettre à la voile sous le commandement de Monsieur de Roquefeuil, aimant mieux servir sous le commandement d’un homme aussi brave, que de commander à des gens sur lesquels [il] ne pouvai[t] pas compter.» Ainsi Jacques-Aymar commandait-il encore par intérim, une division basée à Brest et opérait en Manche et mer du Nord.

    Bataille du cap Béveziers

    Article détaillé sur Wikipedia : Bataille du cap Béveziers (1707).

    Après la mort du chevalier de Saint-Pol, l’escadre de Dunkerque passe sous le commandement du Comte de Forbin. Composée de 8 vaisseaux, la flotte reçoit l’ordre en 1707 de se rendre en Mer du Nord pour y intercepter les approvisionnements Anglais et Hollandais. Jacques-Aymar prend le commandement de la frégate de 56 canons la Dauphine[7].

    Le 11 mai 1707, à l’ouest de Béveziers, la division attaque un important convoi anglais faisant cap vers Lisbonne et escorté par quatre vaisseaux de guerre. Lors des préparatifs, Le Prothée est désigné pour soutenir le Mars quand la Dauphine reçoit le soutien du Griffon (50 canons) sous le commandement du chevalier de Nangis. Le combat débute par des échanges de feu qui durent plus de deux heures et demi. Puis, Jacques-Aymar, s’empare à l’abordage du puissant HMS Hampton Court (70 canons) malgré un équipage en infériorité numérique. L’assaut dure une demi-heure au cours duquel le commandant anglais Edward Acton et une large partie des membres de son état-major périssent. Plus tard dans la bataille, Jacques-Aymar se rend également maitre du HMS Grafton (70 canons) et de six bâtiments marchands. L’affrontement se solde par une large victoire française, avec la prise de deux des trois vaisseaux de l’escorte et de 21 des 52 navires marchands[6],[7],[10].

    En 1713, la paix d’Utrecht réduit ses activités et marque la fin de la guerre de succession d’Espagne [6]. Entre 1722 et 1724, il opère contre les forbans de Terre-Neuve en commandant successivement l’Eclatant, l’Amazone puis l’Hercule [6].

    Le 27 mars 1728, à 61 ans, Jacques Aymar est élevé au grade de chef d’escadre des armées navales, avec le commandement de la place de Brest.

    Guerre de Succession d’Autriche

    En 1740, le marquis d’Antinvice-amiral du Ponant, confie à Jacques-Aymar le commandement de quatre vaisseaux et deux frégates pour croiser croise entre Brest et l’Espagne. Cette mission n’est que de courte durée puisqu’en novembre 1740, l’avènement de Marie-Thérèse marque le début de la Guerre de Succession d’Autriche. Ce conflit nécessite l’envoi de troupes dans les Antilles. Jacques-Aymar part donc le 23 novembre pour Saint-Domingue où il arrive le 8 janvier 1741 et y reste à la tête de six vaisseaux jusqu’à la fin du printemps[11]. On pense qu’il fut alors gouverneur par intérim de cette île.

    Le 1er mai 1741, il est promu lieutenant général des armées navales, à 74 ans, et reçoit le commandement de l’escadre de Brest dont la seconde division est commandée par le chef d’escadre, Monsieur de Camilly. Il croise alors en Atlantique, observant le conflit anglo-espagnol en Amérique. Jacques-Aymar de Roquefeuil est qualifié dans la matricule « d’officier de grande réputation ayant pris à l’ennemi 14 vaisseaux dont 3 à l’abordage».

    Projet d’invasion de la Grande Bretagne et mort de Jacques Aymar

    Article détaillé sur Wikipedia : Projet français d’invasion de la Grande-Bretagne (1744).

    Début 1744, malgré son âge, Jacques-Aymar est choisi par Louis XV pour commander l’escadre de 19 bâtiments de ligne, vaisseaux et frégates, outre quatre auxiliaires qui devait couvrir le retour en Grande-Bretagne du prétendant Charles Édouard Stuart. Ces navires devaient escorter le corps expéditionnaire du futur Maréchal de Saxe composé de 15 000 hommes.

    Jacques-Aymar peut s’appuyer sur des marins de renom soulignant la délicate et périlleuse tâche qui lui est confiée[12]:

    Parti de Brest le 6 février 1744 et accompagné des chefs d’escadre Camilly et Barrailh, il croise en Manche, malgré de mauvais vents, jusqu’au 29 février ou il est contraint de mouiller à Calais pour éviter une très forte escadre britannique. Il poursuit le contrôle de la Manche « d’où il protège efficacement les armements considérables effectués à Dunkerque »[5], lorsqu’il meurt subitement sur son vaisseau amiral Le Superbe, dans la nuit du 8 au 9 mars 1744. Son premier chef d’escadre, le chevalier de Camilly, qui avait sa marque sur Le Neptune, prend le commandement général et, terminant la mission en cours ne rentre à Brest que le 19 mars suivant sans que les troupes du comte de Saxe ne puisse débarquer. Lors de l’organisation de l’expédition, le Roi lui aurait promis à son retour le bâton de Maréchal de France avec, sans doute l’une des deux vice-amirautés de France devenue justement vacante et qui le demeure jusqu’en 1750[5]. Il avait toutefois les «rang et fonction de Contre-amiral de France» chef d’armée navale en lieu et place du vice-amiral du Ponant (ordonnances royales de 1668 et 1669).

    Château de Kerlouët

    A sa mort, Jacques-Aymar de Roquefeuil avait 78 ans. Son cœur a été déposé en l’église de Pleven, la paroisse de son château de Kerlouët, dans le diocèse de Quimper. En son honneur, le Roi avait donné à sa famille des canons, conservés depuis lors dans sa propriété de Kerlouët.

    Postérité

    Jacques Aymar de Roquefeuil est connu, dans la Marine de son temps, pour son intrépidité et son endurance au combat ainsi que pour son intransigeance en matière de règlements. À la fin de sa carrière, les usages internationaux avaient bien évolué, et notamment les prescriptions du règlement de 1665 sur les saluts. Le salut qui se faisait en amenant ou en pliant le pavillon avait été presque généralement abandonné par les navires de guerre, qui se bornaient au salut du canon et de la voix. Jacques Aymar de Roquefeuil, rigoureux observateur du règlement de 1665, exigeait constamment l’abaissement du pavillon. Il est l’un des derniers officiers, peut-être même le dernier, à ne pas transiger sur ce point.

    Notes et références

    1. Voir son acte de baptême [archive]
    2. Henri Jougla de Morenas, Grand armorial de France (lire en ligne [archive]), p. 58
    3. Roquerbertin-Rosen, Dossiers Bleus (lire en ligne [archive])
    4. Collection universelle des mémoires particuliers relatifs à l’histoire de France, 1788 (lire en ligne [archive])
    5. Biographie universelle, ancienne et moderne, Michaud frères, 1846 (lire en ligne [archive])
    6. « Ecole Navale / Espace tradition / Officiers célèbres [archive] », sur ecole.nav.traditions.free.fr (consulté le 15 février 2025)
    7. Patrick Villiers, « Chapitre VI – L’escadre de Dunkerque », dans Les corsaires du littoral : Dunkerque, Calais, Boulogne, de Philippe II à Louis XIV (1568-1713), Presses universitaires du Septentrion, coll. « Histoire et civilisations », 2000, 360 p. (ISBN 978-2-7574-2207-6lire en ligne [archive]), p. 281–339
    8. d’Aspect, Histoire de l’Ordre royal et militaire de St-Louis, t. III, 1780 (lire en ligne [archive])
    9. Théophraste RenaudotGazette de France sur Google Livres, vol. 3, p. 203
    10. O. Troude, Batailles navales de la France, Challamel ainé, 1867 (lire en ligne [archive])
    11. Onésime-Joachim Troude, Batailles navales de la France sur Google Livres, Challamel Aîné, 1867, p. 288
    12. Michel Vergé-Franceschi, Les Officiers généraux de la Marine royale (1715-1774), FeniXX, 1er janvier 1990 (ISBN 978-2-402-49918-7lire en ligne [archive])

    Voir aussi

    Bibliographie

     

  • 1448-1530 – Biographie de Bérenger de Roquefeuil, baron de Roquefeuil, de Combret, de Castelnau, du Pouget, etc…

    « Magnifique et Puissant Seigneur », Bérenger de Roquefeuil, né en 1448 au château de Flaugnac (Quercy), mort le , est un des membres  les plus éminents de la Maison de Roquefeuil Blanquefort. Il est notamment connu pour être l’auteur de l’agrandissement et de la fortification du château de Bonaguil. Il appartient à la branche aînée de la famille, seigneurs de Bonaguil, éteinte en ligne masculine en 1639 avec Antoine Alexandre de Roquefeuil.

    Cette notice biographique est tirée de l’Histoire généalogique des Roquefeuil – 1ere édition 2018 de Fulcran de Roquefeuil.

    Mariage et possessions

    Du vivant de son père, Bérenger de Roquefeuil épousa par contrat le 7 janvier 1477 à Combret [2] puis le 5 mars 1477, à Amboise (Archives de la famille de Châteauneuf de Randon) [3], Anne Guérin du Tournel, fille de Pierre, baron du Tournel, et de Louise de Crussol, gouvernante du Dauphin.

    Le mariage fût célébré à Amboise, ce qui prouve que le roi Louis XI voyait d’un bon œil ce nouvel héritier de Jean de Roquefeuil.

    En 1481, il donna quittance d’une pension royale [4] puis s’établit dans le château du Boy, propriété de sa belle-famille, en attendant que le château de Flaugnac soit bâti (ayant passé un bail à prix fait datant du début de 1481 [5]).

    Le 15 février 1483 [6] (1484, n.s.), il fit hommage au Roi de ses importants fiefs :

    « En qualité de noble et puissant seigneur, baron de Roquefeuil, de Blanquefort, comtor de Nant, pour les terres et seigneuries de Valeraugue, d’Aumelas, de Trèves, de Lanuéjouls, de Caladon, du Luc et de Reven, dans la sénéchaussée de Beaucaire, de la terre et seigneurie de Combret, de Roquefère et de Cantobre, dans la sénéchaussée du Rouergue, du Pouget, de Vendémian, de Saint-Bauzille et de la moitié de Saint-Amans, dans la sénéchaussée de Carcassonne, de la baronnie de Castelnau-de-Vaux, de Flaugnac, La Morelette et de La Barthe, de la baronnie de Sauveterre, de La Mothe-Navarengue, l’Hospitalet, Montdouvert, dans la sénéchaussée de Quercy, des baronnies de Blanquefort, de Bonaguil et de Saint-Chalies, dans la sénéchaussée de l’Agenais, des terres de La Mothe-Saint-Didier et de ce qu’il possédait à Villefranche-du-Périgord, Montpazier et Villeréal, dans la sénéchaussée du Périgord, des seigneurie de Rauzan et Pujols, dans la sénéchaussée de Bazadais. »

    Vers 1490, « il s’éleva une contestation entre les seigneurs de Roquefeuil et de Biron qui prétendaient que les hommages de la seigneurie de Lavaur leur appartenaient, et le comte de Périgord qui les réclamait. Le roi ordonna au sénéchal de faire une enquête à cet égard » [7].

    Il renouvela cet hommage le 14 octobre 1499 à Cahors, devant le juge mage, il déclarait n’avoir pu faire hommage plus tôt : « nonobstant son âge et inconvénient de maladie dont il est détenu » [8].

    Il dénombra de nouveau ses fiefs le 19 janvier 1503 (v.s.) [9]

    Selon Max Pons, ce dénombrement, qu’il date du 19 décembre 1503 [10], contiendrait la phrase suivante concernant toujours sa santé :

     « La pauvre qualité de ma personne est telle que chacun sait et peut trop justifier que la plupart du temps je suis malade et spécialement depuis deux ans, en ça que je n’ay guère de santé à cause de la froidure et humidité de mon estomac et cerveau, et avec indisposition de ma personne et petite complexion d’icelle. »

    Dans ce dernier document, il fait mention également de parts des baronnies du Tournel, du Boy, de Montialoux et de Champieu, en Gévaudan, et dans la sénéchaussée de Carcassonne des baronnies de Pardailhan, de Lespignan et d’Asille-le-Comtal, qu’il tenait de sa femme [11].

    Anne Guérin hérita en effet d’un tiers du château du Tournel et d’un tiers également de la moitié des biens ayant appartenu à son grand-père Armand Guérin, baron du Tournel. Le Tournel était une des huit baronnies du Gévaudan qui donnait droit à l’entrée aux Etats du Gévaudan et à tour de rôle à ceux du Languedoc.

    La succession du Tournel était passablement compliquée, et il s’en était suivi un long procès avec Gabrielle Guérin, soeur d’Anne et principale héritière de la baronnie. Commencé en 1486 par Bérenger et sa femme, il sera poursuivi par leur fils Charles au moins jusqu’en 1523.

    Bérenger prêta enfin un dernier hommage au Roi le 6 mars 1514 et dénombra ses fiefs le 29 décembre 1514, selon une lettre du sénéchal du Quercy [12].

    La question de Rauzan et Pujols en Bazadais.

    Bérenger de Roquefeuil, en tant que descendant des Madailhan, était « de jure », sinon de facto, seigneur de Rauzan et Pujols en Bazadais. Son père Jean de Roquefeuil avait déjà rendu hommage au Roi, en 1434 [13] et 1469 [14], pour ces deux seigneuries.

    Or le Roi d’Angleterre, en 1414, avait forcé la veuve de Guillaume-Amanieu de Madailhan, Jeanne d’Armagnac, à les lui vendre et il avait fait don de Rauzan, en 1437, à son chancelier, Bernard Angevin. Il lui donna également Pujols l’année suivante. Lors de la reconquête française, Bernard Angevin passa dans le camp des vainqueurs et semble avoir continué à jouir de Rauzan et de Pujols.

    En 1484, Bérenger obtint des lettres royaux [15] et mandata un huissier pour faire « expres com[m]andement sur certaines et [….] preuves a vo[u]s aap[…] aux enfans heritiers de feu Bernard Angevyn et au[tr]e detenteur des places et chasteaux terres et s[eigneu]ries de Puyols et de Rozan que incontinent et sans delay eussent a soy desister et departir ded[its] terres chasteaux places s[eigneu]ries dessud[its] et en eussent a laisser et souffrir joyr user plainem[ent] et paisiblem[ent] led[it] exposant come de sa p[ro]pre chose et [….ance ? et luy en rendre et restituer les rentes proffit revenuz et esmoluments quils en ont prins et parceu ou que led[it] exposant en eust peu prendre et parcev[oir] neust este led. » [16].

    Les Angevins firent opposition et Bérenger vendit ses droits sur ces deux fiefs en 1495 à Gaston de Foix, comte de Candale et captal de Buch [17].

    Selon des lettres royales du 12 juillet 1497 données à Bordeaux, le comte de Candale n’avait pas réglé le prix de la vente à Bérenger [18].

    Ce règlement ne devait toujours pas être fait, du moins en totalité en 1499, car par lettre patente le roi demandait à Bérenger de Roquefeuil de prêter hommage pour Rauzan et Pujols, ce qu’il fit.

    Bérenger renouvela cet hommage en 1503 et 1514, et son fils Charles fit de même en 1532 [19].

    A partir de cette date nous ne trouvons plus d’hommages concernant Rauzan et Pujols et nous ne savons pas si Charles et ses héritiers furent finalement payés par le comte de Candale ou indemnisés par les Angevins.

    Quoiqu’il en soit le dernier Angevin avait testé en 1502 en faveur de son arrière-petit-fils Jean de Durfort de Duras. Rauzan et Pujols restèrent en suite dans cette famille tout l’Ancien Régime.

    Cette possession semble leur avoir été reconnue par le roi de France dès 1520. En effet, à cette date, François Ier accorda à François de Durfort l’établissement d’un marché par semaine à Rauzan et à Pujols.

    Rauzan sera érigé, pour les Durfort, en comté sous Louis XIII, et fera partie du Duché de Duras avant d’en être détaché pendant quelque temps [20].

    Le 16 août 1491, en plein conflit avec les bourgeois de Castelnau, comme nous allons le voir, il renouvela le refus de son père de prêter hommage à l’évêque de Cahors.

    En 1517, l’évêque renouvela sa tentative mais Bérenger obtint deux arrêts du parlement déboutant l’évêque le 12 septembre 1517 et le 18 juillet 1523.

    Le 21 juillet 1511, il obtint du comte d’Armagnac, baron de Roquefeuil, un délai pour lui prêter hommage.

    Le conflit avec les bourgeois de Castelnau.

    Le fait le plus marquant de la vie de Bérenger fut son grave conflit avec les bourgeois de Castelnau de Vaux (aujourd’hui Castelnau-Montratier). En effet ceux-ci avaient pris l’habitude pour éviter un droit de leude, c’est à dire une taxe sur les marchandises qui dépassaient un quarton (soit environ un quart d’hectolitre), de ne porter qu’un quarton à la fois en passant l’octroi de la Ville.

    Il s’agissait d’un abus de droit manifeste et déjà son arrière-arrière-grand-père, Ratier de Castelnau s’était heurté aux bourgeois. Le cardinal du Pouget, choisi comme arbitre, avait décidé en 1343 que les marchandises payeraient un droit proportionnel quelle que fut la quantité apportée.

    Mais les habitants refusèrent cet arbitrage et le conflit continua à s’envenimer.

    Bérenger décida de le régler définitivement d’abord par la voie judiciaire. Considérant que le viol des coutumes par les consuls et les bourgeois de Castelnau avait rendu celles-ci caduques, il ordonna à son juge Arnaud Gayssias de Manas d’appliquer le droit commun et de ne plus reconnaître les consuls.

    Arnaud Gayssias de Manas eut alors une vive algarade avec Bertrand de Mothe, consul de la noblesse, qui n’hésita pas à le frapper du poing et avec sa canne.

    Quelques jours après Jean de Mothe, frère de Bertrand, se battit avec le juge qui mourut une dizaine de jours après de ses blessures.

    Face à ces actes de violence, Bérenger continua à user de la voie judiciaire. Il porta plainte devant le sénéchal. Ce dernier demanda aux consuls de Castelnau de faire une enquête, qui évidemment n’aboutit à rien.

    Bérenger décida alors de porter l’affaire devant le juge mage de Cahors et obtint le droit d’arrêter les frères de Mothe, mais les autres consuls les firent évader.

    Ce n’est que devant l’incapacité des tribunaux à faire respecter son droit que Bérenger se résolut à employer la force.

    Il décida alors d’envoyer nuitamment à Castelnau vingt-cinq arbalétriers. Ils brisèrent les mesures de pierre qui étaient dans la halle, et firent du tapage pour intimider les habitants. Mais ceux-ci, loin de se laisser faire, attaquèrent leurs assaillants et en tuèrent plusieurs.

    Or, pendant ces événements, Bérenger avait levé une troupe qui était destinée à rejoindre l’armée royale en Normandie. Remarquons au passage qu’en levant cette troupe Bérenger agissait en fidèle vassal du Roi. Il eut alors l’idée d’utiliser ses hommes pour se venger des habitants de Castelnau. Les soldats réussirent à envahir la ville, mais ils furent repoussés par les habitants, soulevés par Jean de Mothe.

    Les soldats de Bérenger battirent en retraite et se réfugièrent au château de Sauveterre. Aidés des paysans du voisinage, les habitants de Castelnau assiégèrent le château, firent prisonniers les soldats, saccagèrent le mobilier et mirent le feu.

    Bérenger s’adressa au lieutenant du sénéchal du Quercy et au juge mage de Montauban. Il obtint le droit d’arrêter Jean de Mothe et ses principaux compagnons, bourgeois ou gentilshommes. L’un d’entre eux fut pris, mais les consuls le firent relâcher.

    Les consuls décidèrent de porter plainte contre Bérenger devant le juge mage de Cahors.

    Ce dernier décida l’arrestation des arbalétriers. Les consuls vendirent aux enchères les meubles de Bérenger qui se trouvaient dans la demeure seigneuriale.

    Bérenger porta l’affaire devant le sénéchal de Toulouse, et les consuls devant le parlement de cette ville.

    Le parlement nomma, en 1488, un conseiller, Arnaud de Saint-Félix, pour faire une enquête et un arrêt fut rendu le 1er juillet 1493 et publié le 20 juillet 1493[21].

    Globalement Bérenger en sortait, contrairement à ce qui a été dit, plutôt vainqueur.

    Le Parlement confirma les coutumes telles qu’elles figuraient dans la charte de 1291 et surtout la sentence arbitrale du cardinal du Pouget en 1343. Par conséquent les bourgeois durent payer le droit de leude, quelle que fut la quantité apportée.

    Les Consuls se virent obligés de choisir un « bon assesseur » pour les aider à rendre la justice, conformément à un arrêt du Parlement du 12 février 1386. Cette clause restreignait leur liberté et les obligeait à appliquer le droit.

    Bérenger obtenait ainsi gain de cause sur le point le plus important, même s’il ne put obtenir une augmentation du droit de l’ost et de cavalcade qu’il jugeait insuffisant lorsqu’il allait à la guerre.

    En revanche, le Parlement condamna Bérenger à payer 300 livres tournois de dommages et à 100 livres d’amende. Et il renvoyait les principaux agents de Bérenger devant le sénéchal du Quercy.

    La somme était importante, mais très supportable. En effet lors de son décès, un acte de notoriété nous apprend que Bérenger jouissait d’un revenu annuel de 12 000 livres.

    Le 20 septembre suivant, le conseiller Nicolas Benoît fut envoyé à Castelnau pour faire appliquer l’arrêt. Dans un premier temps, Bérenger refusa de payer les 300 livres et de sortir de son château de Flaugnac pour se présenter devant le commissaire du Parlement.

    Le commissaire fit saisir la place de Lamothe-Navarengue et envoya un huissier à Flaugnac.

    Devant ce refus, Nicolas Benoît se rendit lui-même devant Flaugnac en décembre 1493, et menaça d’employer la force pour faire respecter l’arrêt.

    Bérenger accepta alors d’envoyer un procureur pour jurer les coutumes de Castelnau. Mais les consuls exigèrent que Bérenger jure en personne l’observation des coutumes. Assigné à cet effet, il se rendit le 10 décembre devant Castelnau mais, craignant pour sa vie, il refusa de faire son entrée dans la ville comme le voulaient les consuls.

    Le commissaire admit les arguments de Bérenger et lui permit de jurer l’observation des coutumes là où il se trouvait. Bérenger se mit à genoux et jura l’observation des coutumes, puis les huit consuls firent de même.

    Ils déclarèrent avoir reçu les 300 livres de dommages et réclamèrent l’emprisonnement des vingt-cinq arbalétriers.

    Bérenger déclara qu’un était mort, que trois avaient disparu et qu’il livrerait les autres.

    Certes ce dernier point était le plus humiliant pour Bérenger, mais l’on ne sait s’il livra réellement ses serviteurs.

    Bérenger tenta par la suite d’affaiblir le consulat de Castelnau et il contesta à la noblesse le droit de faire partie du consulat, mais il ne put obtenir gain de cause. Un arrêt du parlement de Toulouse du 18 juillet 1523 maintint les choses en l’état.

     

    La construction de Bonaguil.

    Il est certain que tout cela, notamment la prise de Sauveterre et la menace de siège devant Flaugnac, poussa Bérenger à renforcer les défenses de Bonaguil.

    Ces événements prouvent que la construction de châteaux forts, à l’époque des premiers châteaux d’agrément, restait parfaitement justifiée.

    Par exemple à la même époque en Périgord, François de Caumont renforça considérablement les défenses de son château fort de Castelnaud, tout en faisant construire, pour son agrément, celui des Milandes.

    Au XVIe siècle, Blaise de Montluc accrut les fortifications de son château d’Estillac etc. [22]. Il faudra attendre Richelieu pour que les seigneurs renoncent de force à fortifier certaines de leurs demeures et soient obligés de démanteler leurs forteresses.

    Bérenger n’était donc pas le seigneur anachronique que certains ont bien voulu faire de lui.

    Certes il semble avoir eu un caractère affirmé mais nous constatons qu’en règle générale il préférait user de la voie judiciaire plutôt que de la force.

    C’est ainsi qu’il avait combattu les prétentions de l’évêque de Cahors et qu’il fit condamner le 28 février 1494, par le Parlement, l’archiprêtre de Flaugnac qui, soutenu par son évêque, s’opposait à la levée de dîmes.

    Ces événements le conduisirent à quitter Flaugnac pour aller habiter Blanquefort, puis Bonaguil.

    Bérenger fonda un hôpital à Blanquefort après son départ. Il savait se montrer généreux !

    On a publié la charte de fondation de Bonaguil :

    « Par Messire Jésus et tous les Saints de son glorieux Paradis, j’élèverai un

    Castel que ni mes vilains sujets ne pourront prendre, ni les anglais, s’ils ont

    L’audace d’y venir, voire les plus puissants soldats du Roi de France ». [23]

    Les références de ce texte n’ont pu être retrouvées et son authenticité n’a pu être vérifiée.

    En tout cas les hommages ci-dessus et sa décision de lever une troupe pour l’envoyer en Normandie prouvent que Bérenger fut toujours le fidèle vassal de son Roi.

    Quoi qu’il en soit, Bonaguil, qu’il continua à fortifier presque jusqu’à ses derniers jours, reste un des plus beaux et des plus intéressants châteaux forts de France, notamment par ses innovations pour contrer les effets de l’artillerie naissante.

     

    Les mystères de la construction de Bonaguil.

    L’ouvrage du regretté Michel Coste : « Bonaguil. Genèse & histoire de sa construction », 2015 établit que Bérenger avait su restaurer la fortune de sa maison. Or la plupart des historiens s’accordent pour dire qu’à cette époque la noblesse s’appauvrissait. Ainsi donc le « demi-fou » que l’on présente comme le constructeur de Bonaguil était un très bon gestionnaire ! Bérenger n’était pas celui que l’on croit. Mais il reste un premier mystère : pourquoi a-t-il utilisé les produits de sa bonne gestion à construire un château fort ? L’affaire de Lavaur en donne peut-être l’explication.

    Autre inconnue : comment Bérenger présenté par les mêmes comme un rebelle put-il construire Bonaguil sans que cela ne fut sinon encouragé et permis par les rois, du moins toléré ? Bérenger n’était pas assez puissant pour s’opposer aux rois. Or à cette époque les rois exigeaient que leurs vassaux obtiennent d’eux le droit de fortifier. Certes, la surveillance des rois variait en fonction de l’étendue de leurs pouvoirs locaux et du droit féodal. Mais leurs droits étaient bien établis en Agenais, car Bernard de Fumel dut recevoir une autorisation, en 1466, avant de fortifier son château situé non loin de Bonaguil.

     

    L’affaire de Lavaur et le litige avec les Albret.

    Vers 1490, « il s’éleva une contestation entre les seigneurs de Roquefeuil et de Biron qui prétendaient que les hommages de la seigneurie de Lavaur leur appartenaient, et le comte de Périgord qui les réclamait. Le roi ordonna au sénéchal de faire une enquête à cet égard » [24].

    Nous n’en savons pas plus, mais cette affaire est peut-être à l’origine de la construction de Bonaguil.

    Nous voyons que Bérenger avait un sérieux litige avec le comte de Périgord peu avant de construire Bonaguil.

    Mais qui était ce comte de Périgord ? C’était Jean d’Albret (1469-1516), le fils d’Alain (1440-1522) d’Albret. Ce dernier, très ambitieux, est connu pour avoir été un vassal turbulent du roi de France. Comme Bérenger, il avait été un des protégés de Louis XI : Bérenger savait en quoi il était prudent de se tenir vis-à-vis de lui. Il avait épousé, en 1470, Françoise de Blois, comtesse de Périgord et vicomtesse de Limoges, qui mourut en 1481, laissant ses terres à son fils Jean, sous la tutelle de son père. Peut-être était-il encore tuteur de son fils lors du litige. À la même époque, Alain, veuf, chercha à épouser Anne de Bretagne et fut un des chefs de la Guerre folle. Il fut vaincu à Saint-Aubin du Cormier le 28 juillet 1488 et ne fit sa soumission qu’un an après.

    Bonaguil se situait entre les deux principaux blocs des possessions des Albret en France. Au Nord le comté de Périgord et la vicomté de Limoges. Au Sud les terres ancestrales des Albret autour de Labrit dans les Landes et Nérac en Lot-et-Garonne.

    Plus au sud, Jean d’Albret était devenu par son mariage roi de Navarre en 1484 (il ne perdit l’essentiel de ce royaume qu’en 1512).

    Face à un voisin aussi puissant, il était raisonnable de se mettre en lieu sûr. D’autant plus qu’Alain d’Albret était connu pour avoir retenu prisonnier le comte d’Armagnac.

    La puissance des Albret dans le Sud-Ouest ne pouvait par ailleurs qu’inquiéter les rois de France. Cela explique peut-être pourquoi ces derniers avaient tout intérêt à ce que Bérenger construise un château pouvant en cas de guerre couper leurs communications, entre Nérac à Sarlat. En effet Bonaguil est situé à quelques kilomètres de la route reliant ces deux villes.

    Certes ce ne sont là que des hypothèses, mais tout se passe comme si elles étaient vérifiées.

    Descendance

    De son épouse Anne du Tournel, Bérenger eut pour enfants :

    • 1 Charles.
    • 2 Louis, mort jeune. Il reçut en 1514 une requête des habitants d’Alguesqui demandait à son père de construire un moulin [25].
    • 3 Antoine, protonotaire apostolique, baron du Pouget, seigneur de Sauveterre, de l’Hospitalet et Granéjouls, décédé le 19 août 1566. Il fut commandeur de Granéjouls et recteur de La Salvetat, Montpezat, Flaugnac. Dans son testament du 19 août 1566 il laissa les places de Sauveterre, L’Hospitalet, et de Granéjouls à son neveu Charles, et celle du Pouget à son neveu Antoine.
    • 4 François, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem [26], qui eut un fils, sans doute naturel :
      • Jean, dit « Fontanille » auteur de la branche de La Romiguière, qui reçut un legs de son oncle Antoine, en 1566 [27].
    • 5 Marguerite, abbesse de Nonenque. Ses armes (écartelées de Roquefeuil et de Pujols) se trouvent dans l’église de Caissac, commune de La Loubière (Aveyron) mais les couleurs sont fantaisistes.
    • 6 Aygline (ou Angélique, ou Angèle), religieuse de Saint-Saturnin du Monestier, citée dans le testament de son frère en 1533.
    • 7 Jeanne, religieuse.
    • 8 Dauphine, religieuse.
    • 9 Isabeau, mariée en 1505 à Pierre de Durfort, baron de La Boissière.
    • 10 Hélène, mariée le 3 février 1514 [28] à Robert de Lauzières de La Capelle.
    • 11 Madeleine ou Marguerite, mariée à Louis de Lauzières-Thémines.
    • 12 Jeanne ou Anne ou Agnès, mariée le 25 août 1500, à Jean d’Antin.

     

    Il testa, en s’intitulant « Magnifique et Puissant Seigneur », le 9 janvier 1530. Ce faisant, il instituait une substitution graduelle jusqu’à la quatrième génération, qui aura beaucoup d’importance sur le sort de ses importantes seigneuries.

    Anne Guérin du Tournel testa le 8 octobre 1497 en faveur de son fils aîné et mourut peu après [29].

     

     

     

    Notes et références:

    [1] Abbé Bouyssou « Bonaguil du XVe siècle à nos jours » ; Limayrac « Histoire d’une Commune » ; Lauzun « Le Château de Bonaguil », etc…

    [2] Bibliothèque Municipale de Tarbes, manuscrit n° 26, Glanage de Larcher, tome III ; et mention AD 30 1 E 1884.

    [3] « L’an 1477, le 5e jour du mois de mars, en la cours du Roi, notre sire, à Amboise, par-devant nobles hommes Johannes de Valpergue et Jean François, Maître d’Hôtel de Mr le Dauphin, maître Philippe Ramon, licencié ès-loi, et Maître Raymond Guibal, notaire à Combret, noble Jean de Martant et Marc Panevimoins, témoins requis et appelé juge à tenir par le jugement à ladite cour. Mariage entre noble Beringon de Roquefeuil, fils aîné et héritier universel de Noble et Puissant seigneur Jean de Roquefeuil, chevalier, baron du dit lieu et de Blanquefort, d’une part et Demoiselle Anne du Tournel, fille de Louise de Crussol, dame du Tournel, gouverneresse de Monsieur le Dauphin, et veuve de feu Pierre Guérin, seigneur du Tournel, et sœur de noble Jean Guérin, vicomte d’Uzès, d’autre part.

    Par lequel lui aurait été constitué la somme de 8 000 livres tournois, et en cas de prédécès, son dit futur époux lui donne en augmentation de son douaire, la baronnie de Blanquefort et autres rentes qu’il avait au pays de Périgord pour en jouir durant sa vie, s’élevant à la somme de 500 livres de rente annuelle, et au cas ne les voudrait promet de faire valoir, de prochain en prochain et en cas de restitution de ladite dot sera tenu de rendre que 1000 écus d’or à 32 sols, 1 denier chacun, et autres pactes contenus audit contrat auquel est attachée la ratification faite par les dits mariés après la solennité de leur mariage le 18 juin audit an 1478.

    Signé Agulhon. Le tout en forme de lettre »

    Sommaire des mariages et testaments de la Maison du Tournel, commencé par les plus anciens et après continué suivant les dattes, les mariages distingués et séparés des testaments » composé en 1639.

    Propriété de la Comtesse E. de Châteauneuf Randon du Tournel, à Dun le Poëlier (Indre)

    Recopié par le Comte Édouard de Roquefeuil-Anduze.

    [4] PO 2543.

    [5] AD 46, 48 J 4, p 84. Mail de Michel Coste du 23 avril 2013.

    [6] BN, Doat 160, f° 124 et ss. ; AD 34, 1 E 1437, etc.

    [7] Histoire du Périgord Léon Dessalles t III, page 30, qui donne comme référence : Arch. de Pau, 2° inv, prép. P. et L., 1. 81, n° 12.

    [8] AD 34, 1 E 1437.

    [9] Bibliothèque Municipale de Cahors, fonds Greil, n° 138, AD 34 1 E 1437. AD 82 C 444/47, dossier Cruzy Marcilhac-Durfort de Boissières.

    [10] Cette date étant antérieure d’un mois (nous sommes dans l’ancien style où janvier est postérieur à décembre) au dénombrement doit plutôt être celle de l’hommage. Lauzun parle d’un hommage du 19 octobre 1499 pour la baronnie de Combret, qui pourrait bien être le même. L’abréviation « 10bre » de décembre ayant été confondue avec le « 10 » signifiant octobre.

    [11] Selon M. Melchior de Contades, en 1489 : « Jacques Maurin dénombre la quarte part de la seigneurie d’Azillan le Comtal en paréage avec le Roi et le seigneur de Roquefeuil. Item le lieu de Pardeilhan en paréage avec le Roi pour quatre parts et demi, les 21 faisant le tout. Au dit Pardeilhan il y a un fivatier ».

    [12] AD 34, 1 E 1437.

    [13] BN, Dossiers Bleus 581.

    [14] AN, PP 45 f° 209 r° & v°.

    [15] Terme consacré.

    [16] Selon des lettres royales de 1497 se trouvant dans les archives du château de Boucéel.

    [17] Selon un mémoire du XVIIème siècle se trouvant sous la cote des AN, M 525 & BN, Chérin 178, et Dossiers Bleus 581.

    [18] Lettres royales se trouvant au château de Bouccéel.

    [19] AN, PP 45 f°265 r° & P 5561 coté 743 bis.

    [20] La question juridique de ces érections est assez complexe. L’érection en comté le 25 octobre 1625, fut faite semble-t-il sans lettres patentes. Les lettres patentes de 1668 d’érection du marquisat de Duras, du comté de Rauzan et de la baronnie de Pujols en duché pairie de Duras ne furent pas enregistrées, peut-être parce que ces lettres stipulaient que ces fiefs seraient tenus en pleine fois du roi et de sa couronne et que le litige sur Rauzan et Pujols n’était pas encore définitivement réglé. Une nouvelle érection en duché (mais cette fois sans pairie) pour le Maréchal de Duras eut lieu en février 1689 et fut enregistrée le premier mars suivant. Louis XIV accepta la même année, le 16 mars, de transférer le duché, amputé du comté de Rauzan au fils aîné du maréchal de Duras.

    [21] AD, 31 B 9, publié par Limayrac.

    [22] Le couvent des Minimes de Beauregard-L’Evêque (Puy-de-Dôme), fondé en 1572, soit plus de quarante ans après la mort de Bérenger, fut entouré d’une enceinte fortifiée.

    [23] Selon Max Pons qui donne dans son ouvrage comme sources les Archives de Castelnau, mais qui a déclaré depuis ne tenir cette information que de seconde main, et avoir recherché en vain ce document.

    [24] Histoire du Périgord Léon Dessalles t III, page 30, qui donne comme référence : Arch. de Pau, 2° inv, prép. P. et L., 1. 81, n° 12.

    [25] AD 31, E 1888.

    [26] C’est sans doute le François de Roquefeuil, commandeur de « La Canabière », cité avec son neveu Jehan, bachelier, ès droit le 23 septembre 1539, AD 31, Labeyrie, notaire.

    [27] Selon certains il aurait épousé Marie de Lomagne, mais il y a sans doute confusion avec son petit-neveu, François, seigneur de Saint-Jean, Marié à Anne-Marie de Lomagne-Terride.

    [28] Roquefeuil Bulletin de liaison, 1980, n° 6.

    [29] AD 30, 1 E 1884.